Durée : 45'

Note d'intention:
Je suis venu à Céline bien tardivement, à quarante ans passés et justement par ce texte A l'agité du bocal, court pamphlet de douze pages que l'on m'avait offert; puis très vite, se succéda la lecture de son oeuvre : Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit, d'un Château l'autre, Nord, Féerie pour une autre fois ... mais aussi les pamphlets dont notamment Bagatelles pour un massacre et les beaux draps.Ces lectures, entrecoupées de nombreuses biographies dont celles bien édifiantes de François Gibault, Henri Godard ou d'Emile Brami, (et bien d'autres) m'ont permis d'approcher ce contesté et sulfureux personnage, le "bien-haï" écrivain du siècle, ce génial créateur, visionnaire et entaché de mille maux, l'impressionnant Céline, ce plus qu'antisémite et de m'autoriser à travailler en toute clairvoyance sur l'un de ses sublimes textes, écrit d'une main meurtrie et violente,durant sa période d'exil à Korsor (Danemark), à l'encontre de JBS, (Jean-Baptiste Sartre pour Jean-Paul Sartre),l'écrivain venu "en résistance" sur le tard à Saint-Germain des Prés.Céline travaillant sa page cherchait toujours la "petite musique" entre les mots. C'était une obsession. La phrase ne tenait que si elle faisait entendre sa petite musique.Pouvait-on dès lors en superposer une autre ?Longtemps je me suis posé cette question.Toucher à un tel monument, ne risquait-il pas de l'entacher d'un graffiti superflu ?Pourtant ses textes, celui-ci particulièrement, est dans sa facture même, plus que propice à être projeté vers un public,crié, gueulé même.Certains le font d'ailleurs, sur d'autres textes, en fragmentant quelques oeuvres majeures de Céline, pour le donner en spectacle,en interprétant leur version de la "petite musique".Toutefois il s'agit toujours des mots, du rythme et de la musique de Céline,(comme un pianiste dispose des notes, du rythme et de la musique de Mozart).Souhaiter ici substituer une autre musique reviendrait irrémédiablement à détruire celle de Céline.Pour une expression nouvelle de ce texte, tout en le respectant à la lettre, il conviendrait de ne rien substituer mais plutôt d'amplifier l'expression de sa musique, d'en amplifier la démesure, l'outrance, la violence des mots, d'en extirperl a verve, le jus ! pour atteindre une autre musique, qui ne reniera ni l'éloquence, ni le lyrisme mais la portera dans desproportions immodérées, bouffonnes, graveleuses, provocantes, chantée ici à trois voix, par trois ténors aux contours marqués, du lyrique à l'opérette, soutenue par un ensemble orchestral hétéroclite, où des cornemuses, accordéons,cuivres voisineront un cymbalum, quelques cordes, percussions et un orgue de barbarie.A l'agité du bocal pourrait revêtir la forme d'une sorte de «bousin», de tintamarre, de farce, de foire.

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Depuis la création de la pièce en mars 2013, cette transposition du texte de Céline a suscité diverses protestations, tentatives d'interdiction, ce qui a conduit la réalisatrice Delphine de Blic a construire un film autour de ces polémiques. Le film intitulé Le caillou dans la chaussure, sera présenté au public en mai 2017 à la Marbrerie de Montreuil. Il sera édité en DVD sous le label Empreinte digitale avec le CD de la pièce interprétée par l'ensemble Ars Nova

 

A l'Agité du Bocal

25,00 €Prix

BERNARD CAVANNA