MEDIAS

Le caillou dans la chaussure

En 2013, le compositeur français Bernard Cavanna s'empare d'un pamphlet de Louis-Ferdinand Céline contre Jean-Paul Sartre pour le livret de sa dernière création:  A l'Agité du bocal.
Plus tard, alors que la pièce tourne en France, les scandales, insultes et critiques dithyrambiques s'enchaînent dans les débats et sur les réseaux sociaux.
Au-delà de ce tintamarre autour de l'antisémitisme et de la bataille entre Sartre et Céline, cette pièce nous entraîne malgré elle dans une réflexion sur les mouvements d'idées et dans une méditation sur notre état d'être humain, « l'homme trônant sur ses 10 000 ans de civilisation agissant en réflexes de paramécie » nous dit Bernard Cavanna.
L'Agité du bocal est une pièce essentielle dans la France d'aujourd'hui dont la parole, spécialement la parole politique, est muselée dans les arts.
 
Cette pièce de musique est audacieuse et sale. Les mots y sont jetés, crachés, vomis. Des insultes à Sartre. Des insultes à Céline. Des insultes à Cavanna. Au-delà de tout, au-delà du bruit, reste la beauté de la musique. Celle que Cavanna nous assène à coup d?orgue de barbarie, de cymbalum et de cornemuses, et à coup de ténors qui gueulent et éructent.

Delphine de Blic (septembre 2016)

Teaser

La peau sur la table

Delphine de Blic 

Production Les Films d'ici

Compositeur et pédagogue, Bernard Cavanna est un personnage aux multiples facettes - autodidacte, provocateur, intuitif et original. Qu'il  brade avec ironie sa propre musique à la criée sur un marché ou qu'il arbore un visage blême lors de la répétition d'un de ses concertos, c'est toujours avec une fragilité et une gracieuse pudeur que l'artiste s'expose à la caméra.

Aurèle STROE

Bernard Cavanna et Laurence Pietrzak (2002)

Aurèle Stroe, entretien avec Bernard Cavanna
Film de Bernard Cavanna et Laurence Pietrzak

54' Format 4/3
Production: Bernard Cavanna -  Les Films d'ici
Prix - Mention spéciale du jury - festival "Classiques en images"

Né à Bucarest en 1932, Aurèle Stroë fait ses études au Conservatoire Supérieur de sa ville natale (écriture, composition, musicologie). Entre 1962 et 1975, il enseigne l'orchestration au même Conservatoire où, à partir de 1974, il conduit sa propre classe de composition jusqu'en 1985. il vit à Manheim depuis 1986.Aurèle Stroë a étudié avec Stockhausen, Ligeti et Kagel, et enseigné la composition et l'orchestration à Bucarest. Il a travaillé à l'Université de cette ville sur l'utilisation des ordinateurs dans la composition musicale ; aux Etat-Unis sur les divers aspects de la musique électronique ; à Berlin, invité par le "Deutscher Akademischer Austauschdienst en 1972-73, comme compositeur en résidence ; à l'Université d'Illinois à Champaign-Urbana (U.S.A.), comme "visiting Professor". Il a tenu des cours au Darmstädter Ferienkurse en 1986 et 87.Aurèle Stroë est une figure impressionnante et attachante de la musique contemporaine. Considéré comme chef de file de la musique roumaine, ses oeuvres sont des événements du « monde sonore » ; les énergies qui s'y déploient sont inouïes et la musique, sans cesse en animation, témoigne de la force et de la vitalité de ce compositeur défiant les principaux courants musicaux.Persécuté par l'ancien régime de Ceauscescu, amené à s'enfuir aux Etats-Unis puis en Europe, Aurèle Stroë aurait pu vivre, après la révolution de décembre 1989, l'existence confortable et paisible d'un artiste reconnu et presque officiel, s'il n'avait quelque temps après, publiquement condamné et avec une rare virulence, les exactions violentes de la « milice du peuple », manipulée par les hommes forts en place, et qui terrorisait alors la population de Bucarest.Philisophe, mathématicien, linguiste, musicologue, Aurèle Stroë a écrit de nombreuses oeuvres dont 3 sonates pour piano, Arcade pour orchestre, Canto 2 pour orchestre, 5 opéras (l'Orestie), 3 concertos (clarinette, violon ou accordéon), et de nombreuses oeuvres de chambre. Ses oeuvres ont pu être entendues en France aux festivals de Royan, d'Avignon, festivals Musica ou Présences à Radio-France. Un C.D. est en préparation pour le Label Silence (Abeilles musique) avec l'ensemble Ars Nova et l'orchestre national de la Radio de Bucarest.bernard cavanna

Cavanna, un jour ordinaire

Isabelle Soulard (1998)

Documentaire 26' Morgane production

Réalisation: Isabelle Soulard Production: Morgane production, Mezzo, avec le soutien de France 2 et la participation du CNC et de la DMDTS - 1ère diffusion: 27 novembre 1998

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La musique de Bernard Cavanna occupe aujourd'hui une place officielle dans le répertoire contemporain. Pourtant, cet homme à la personnalité atypique refuse de tout sacrifier à la composition. Directeur du conservatoire de Genevilliers, très actif au sein de l'association musicale 2e2m, il tient à garder ces fonctions pour rester proche de la réalité. Portrait d'un musicien sensible et charismatique pour qui l'engagement musical est "un acte politique".

Article paru dans l'édition du journal Le Monde le 27 novembre 2005

Il est des musiques formelles et des musiques habitées. Les premières sont seulement séduisantes, bien faites à l'évidence ; les secondes touchent, au-delà de leur esthétique, parce qu'on y perçoit la présence de l'auteur.Bernard Cavanna (né en 1951) fait partie des compositeurs qui sentent la musique qu'ils écrivent. Enfant, il restait à écouter son grand-père jouer de l'accordéon dans un coin, pour lui seul. A 9 ans, il trouve tout naturel de composer ; il apprend un peu de piano avec un professeur hors du commun et, sans passer par le Conservatoire, montre ses essais (une fois l'an) à Henri Dutilleux, qui les corrige sévèrement. Quand il en sort enfin quelque chose d'exécutable, Paul Méfano le révèle au public des concerts de l'ensemble 2e 2m. Io est un succès ; Ion, d'après Euripide, présenté à Avignon en 1982, sera un désastre et une leçon décisive.Depuis lors, Bernard Cavanna ne se fie plus qu'à son instinct. « Je compose de manière intuitive, comme un sculpteur, dit-il. J'ai une idée, mais j'essaie de ne pas trop m'y conformer. » Son Concerto pour violon destiné à Noémie Schindler, son étrange trio avec accordéon (une façon, selon lui, d'échapper à la préciosité des cercles de l'avant-garde), Vivo, sa dérangeante Messe pour un jour ordinaire, son opéraLa Confession impudique, sont des oeuvres dont l'oreille garde une trace sensible et ineffaçable. Tourné en 1998, le documentaire d'Isabelle Soulard élargit le portrait et conserve son actualité. Car Bernard Cavanna est toujours directeur de l'Ecole nationale de musique de Gennevilliers, un lieu de ressourcement, où il se sent bien, car il y assouvit, au quotidien, son besoin de relations authentiques, tant avec les maîtres qu'avec les élèves, en évitant les rapports de pouvoir superflus, car, à son avis, « la musique n'appelle pas ça ».Aux grands, il aime à dire, pour les décoincer : « Le Conservatoire est fait pour vous, pas pour les professeurs. Vous devez avoir une attitude de pillard, prendre au maître ce qu'il a à vous donner. » Même attitude chaleureuse, comme on le verra, avec ses interprètes.
Gérard Condé


Ce film est préservé et consultable à la Bibliothèque nationale de France (bibliothèque de recherche, sur accréditation).


 

Réalisation: Alain Fleischer. 16mm - durée 26' - coproduction Muse en circuit et la Péniche Opéra

 

Sur le trajet de son domicile à Alfortville - banlieue sud de Paris - à Gennevilliers - banlieue nord de Paris - Bernard Cavanna effectue tous les jours ce trajet en voiture. Parti à l'aube, vers 5h du matin, il n'arrivera qu'à 23h30 au conservatoire de Gennevilliers. En chemin, nous découvrons ce compositeur par le biais de ses activités - dans sa voiture ! - (composition, téléphone, déjeuner, diner ...) ; ne dit-il pas lui-meme qu'il "compose le mieux en voiture !" .
de sa musique que son auto-radio diffuse sans cesse, ou des voix de son répondeur à cassette. Il rencontre durant son long périple quelques interprètes de choix !
Enfin, le film débute sur un plan "d'état-major de la ville de Paris où le compositeur imagine mille stratégies pour tenter de s'imposer dans le milieu musical. En vain ! car il doit bien admettre qu'il sera toujours un compositeur périphérique, et encore ! uniquement de la Porte d'Ivry à la Porte de Clichy !

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Portrait sur le périphérique

Alain Fleischer (1991)

BERNARD CAVANNA